Manger vegan : la seule façon de manger éthique ?

Nous voilà à la fin du World Vegan Month (le Mois Mondial du Veganisme), et j’ai déjà failli à ma mission. Il semblerait d’ailleurs que je ne sois pas la seule, à savoir qu’environ ¾ des personnes qui adoptent un régime végétalien ne parviennent pas à s’y tenir sur du long terme. Rien d’étonnant : devenir complètement vegan du jour au lendemain n’est pas chose facile. C’est un véritable engagement qui demande de la préparation et de la volonté si on veut le faire perdurer dans le temps.

Ceci dit, en mai 2016, on estimait que plus d’un demi million de personnes était vegan au Royaume Uni, et c’est une tendance à la hausse, notamment grâce à la visibilité donné à ce mouvement par des célébrités telles que Lucy et Tiffany Watson. Le veganisme, en grande partie grâce aux réseaux sociaux, perd peu à peu sa réputation d’être extrême, fade et désespérément strict. Malgré tout, les vegans ne représentent encore que 0,5% de la population mondiale, alors que les omnivores et autres consommateurs de viande plus ou moins réguliers en représentent environ 96%.

Il y a de nombreuses raisons qui poussent les gens à opter pour une alimentation non-carnée et un mode de vie plus respectueux du bien-être animal : les raisons éthiques, les bénéfices santé, la potentielle perte de poids, et l’impact environnemental de notre alimentation, pour en citer quelques unes. La faible proportion de vegans dans notre société était-elle due à la faible visibilité de ces bénéfices à titre personnel et collectif ? Ou bien, le veganisme semblent-ils encore inaccessible à une majorité d’entre nous ? Peut-on prétendre se soucier de sa santé, du bien-être animal, de son poids et de l’impact de son alimentation sur l’environnement si l’on n’est pas vegan ?

Sans doute. Si une société entièrement vegan peut être un idéal à poursuivre, est-ce que diminuer notre consommation de viande serait déjà un pas dans la bonne direction ? La réponse est oui. D’où l’apparition d’un certain nombre de « végétariens ou végétaliens à temps partiel ». Des personnalités telles que Beyonce, Jay-Z, Stevie Wonder, Pamela Anderson, Woody Harrelson et Bill Clinton ont toutes essayé le veganisme et en ont récolté les fruits et vanté les mérites. Mais qu’en est-il pour nous autres ? La logique veut que plus un changement est petit, plus il a de chance d’être durable. Et c’est pourquoi de plus en plus de personnes optent pour le « flexitarisme », une sorte de « végétarisme/végétalisme à mi-temps » ou un style de vie d' »omnivore consciencieux ».

De cette façon, il est vrai que nous avons plus de chance de nous y tenir, mais pouvons-nous manger de la viande et prétendre être un ami des animaux ou un éco-guerrier ou un amoureux du bien-être? C’est là que ça devient plus compliqué.

De nos jours, ce sont six millions d’animaux qui sont abattus chaque heure pour finir dans nos assiettes. 70 à 80% de ces animaux ont été élevés dans des fermes industrielles, ce qui signifie qu’ils ont été traités de façon inhumaine et immorale. Les produits issus d’animaux qui ont été élevés dans des conditions plus humaines sont non seulement plus rares et plus chers, mais aussi plus difficiles à identifier, donc moins accessibles.  Beaucoup d’entreprises ont adopté un vocable et des slogans qui suggèrent que les animaux ont été élevés et tués de manière respectueuse, mais, en réalité, cela ne signifie rien (comme le fameux « élevé en plein air » des poules qui produisent la plupart les œufs vendus en supermarché : c’est une pure manipulation marketing).  D’ailleurs, élevé dans de bonnes conditions ne signifie pas forcement abattu dans de bonnes conditions. Acheter de la viande « éthique » peut être un terrain miné, mais ce n’est pas impossible. Il existe de plus en plus de site web et de blogs où l’on peut trouver des conseils pour se procurer des produits issus d’élevages et d’abattoirs employant des méthodes plus respectueuses des animaux. L’idée qu’on peut œuvrer pour le bien-être animal et pour sa propre santé sans être végétarien ou végétalien à plein temps commence à faire son chemin. On peu trouver des compromis si on se donne la peine d’être un minimum attentif.

Michael Pollan, un célèbre philosophe, suggère même que manger des animaux qui ont été élevés et tués dans de bonnes conditions est une alternative préférable, car plus simple à accepter, que de ne pas consommer de viande du tout. Il conteste le célèbre slogan de Paul McCartney : ‘If slaugherhouses had glass walls, we’d all be vegetarian’ ou ‘Si les abattoirs avaient des murs de verre, nous serions tous végétariens’. Il suggère que si les abattoirs avaient des murs de verre, nous serions obligés de créer des fermes éthiques. Il dit aussi que tuer et manger est inévitable, car sans lui ni les fermes ni les animaux n’existeraient’. C’est un point intéressant, surtout quand on considère que ces types des fermes éthiques seraient plus petites et plus susceptibles d’être partie intégrante d’un commerce local. Ainsi les agriculteurs seraient plus à même de recevoir un salaire à la hauteur du travail qu’ils fournissent.

Ainsi, la conclusion pourrait être la suivante : toute réduction de la consommation de viande est positive, que ce soit un engagement sur le long terme ou bien simplement un premier pas sur le chemin d’une alimentation non-carnée ou moins carnée, à minima. Qui sait, si nous faisions tous des efforts régulièrement sur la réduction de notre consommation de viande, aussi petits soient-ils, jusqu’à se transformer en de nouvelles habitudes alimentaires, il serait plus facile d’arriver victorieux au bout du World Vegan Month en novembre prochain.