Dr Richard Wrangham, un scientifique de Harvard, a montré au travers de ses études que le fait de cuire les aliments, quels qu’ils soient, permet une meilleure digestion de ceux-ci. Lorsque vous faites cuire votre nourriture vous facilitez le travail de votre intestin et de votre organisme ! Les nutriments essentiels deviennent en fait plus accessibles et on fournit moins d’énergie pour les absorber. La nourriture molle, dégradée par la cuisson, est ainsi plus énergétique et apporte plus de calories. Et comme l’homme moderne est partisan du moindre effort : le fait de cuire les aliments demande également beaucoup moins de mastication. Bilan : On peut manger plus tout en dépensant moins d’énergie et en absorbant plus de nutriments ! Et ça, c’est très important pour un organe tel que notre cerveau (emblème phare de l’Homo sapiens que nous sommes) qui est gourmand en énergie si l’on veut qu’il puisse se développer et bien fonctionner.

Le fait de passer moins de temps à mastiquer a également permis à nos ancêtres d’avoir plus de libertés pour se perfectionner dans d’autres activités et ainsi développer de nouvelles compétences, c’est là que le processus d’évolution entre en jeu permettant à l’homme d’optimiser ces nouveaux gains. En effet, on ne contraint plus le processus de sélection naturelle à favoriser des gènes garantissant à l’homme d’avoir de grandes dents ou une mâchoire imposante par exemple (et on ne va pas s’en plaindre n’est-ce pas ?). Oui, car essayez de mâcher de la viande crue telle que du gibier par exemple, vous vous rendrez vite compte que cela n’est pas une mince affaire et que nos petites dents d’hommes modernes  ne sont pas de taille à affronter un tel challenge.

 

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Mais  la cuisson (et donc le feu) reste-t-elle le seul élément déclencheur d’une telle évolution assurant la transformation de nos ancêtres en ce que nous sommes devenus aujourd’hui?

La cuisson implique forcément la découverte du feu. Néanmoins les premières traces ayant permis de mettre en évidence l’apparition du feu dateraient de 500 000 ans. Or l’espèce humaine a commencé à évoluer bien avant cette date ! Comment expliquer cela ?

Selon deux collaborateurs du Dr Wrangham, Katherine Zink et Daniel Lieberman, ce n’est pas seulement la cuisson qui aurait joué un rôle mais la cuisine en tant que telle avec tous les processus de transformation qu’elle engendre. Soit également le fait de trancher, de broyer ou de couper la nourriture avec des outils tranchants tels que des pierres tranchantes (silex).

 

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Grâce à plusieurs expériences mises en place dans leur laboratoire, les scientifiques ont notamment montré que pour les légumes, comme les légumes racines (betteraves…), le fait de les consommer cuits plutôt que bruts demande trois fois moins de force à notre mâchoire. Lorsqu’ils sont bruts, les couper, ne rapporte aucun bénéfice particulier, en revanche, lorsqu’on les pile la force masticatoire exercée pour pouvoir les avaler est réduite d’environ 9%. Et pour la viande alors ? Et bien le fait de la piler mais aussi et surtout le fait de la trancher, permet de réduire de 12% la force masticatoire comparée à celle exercée lorsque la viande est consommée brute.

 

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C’est donc non seulement le feu mais aussi la transformation des aliments qui ont permis à l’homme de se libérer de la mastication. Cela n’est pas négligeable, surtout lorsque l’on pense au temps quotidien nécessaire aux animaux, comme les singes, pour pouvoir avaler leur nourriture. Nous l’aurons compris, la cuisine est donc bel et bien au centre de l’évolution et en plus de la valeur sociale qu’elle représente dans nos sociétés nous nous souviendrons désormais de son rôle dans la naissance de l’homme moderne.